Les animaux n’ont jamais vraiment disparu du champ de bataille ; ils sont simplement plus difficiles à repérer qu’avant. Qu’il s’agisse de porter secours à des soldats échoués, de chasser les rats d’un bateau, ou de remonter le moral des troupes, certaines missions seront toujours plus adaptées aux instincts affûtés de nos amis à poils et à plumes.
Quel rôle ont-ils joué exactement au cours de différents conflits ? Découvrons-le à travers l’histoire de cinq animaux fascinants qui ont marqué l’histoire militaire.
Lorsqu’on entend parler d’animaux et de guerre dans la même phrase, il est tout naturel d’avoir en tête l’image d’un animal en uniforme, bondissant d’une tranchée et réduisant les soldats ennemis en charpie. Bien que cela puisse paraître grotesque et peu réaliste pour un événement ayant eu lieu au XXe siècle, certains animaux ont bel et bien été entraînés pour mener un rôle actif au combat.
Chips, le chien indomptable
Chips était un jeune croisé berger allemand, collie, et husky, venant du nord de l’État de New York, qui fut « donné » pour servir son pays par son propriétaire peu après l’entrée en guerre des États-Unis dans la Seconde Guerre mondiale. Ce genre d’initiative a été rendu possible grâce à la création de la première unité K-9 (unité cynophile) au sein de l’armée américaine, qui avait pour but d’entraîner des chiens à patrouiller, détecter des mines, et transporter des messages. La plupart de ces chiens ne servirent cependant qu’au sein de complexes militaires situés sur le sol américain.
En 1943, certains de ces chiens furent assignés au front, sur les théâtres méditerranéen et pacifique. Chips allait opérer à travers l’Europe et l’Afrique du Nord, mais c’est durant l’invasion alliée de l’Italie qu’il s’illustra de la façon la plus décisive : après avoir été blessé, il parvint à se défaire de ses chaînes et chargea un emplacement de mitrailleuse italien, obligeant l’équipe de 4 soldats qui l’opéraient à se rendre. Plus tard ce jour-là, Chips contribua également à la capture de dix autres soldats de l’Axe. Pour son service et son courage, Chips reçut les décorations militaires américaines suivantes : la Distinguished Service Cross, une Silver Star, et un Purple Heart.
Comme nous l’avons mentionné précédemment, la plupart des animaux militaires n’avaient pas un rôle agressif. Du moins, pas contre les soldats ennemis...
Sam l’insubmersible
Bien que cette histoire soit aujourd’hui considérée comme une légende, l’histoire de Sam l’insubmersible (également connu sous le nom d’Oscar ou Oskar) est peut-être l’une des histoires d’animal en guerre les plus répétées et admirées. Elle vaut donc la peine d’être mentionnée. Oscar, comme l’appelèrent les marins britanniques, était un chat allemand noir et blanc qui servait à bord du cuirassé Bismarck lorsque le navire coula en 1941. La présence de chats à bord des navires est une tradition ancestrale qui est toujours pratiquée aujourd’hui, dans le but de chasser les rongeurs susceptibles de gâcher les réserves de nourriture ou de grignoter des composants électriques. Les chats excellent dans cette tâche, et cela leur valait souvent d’être adorés par les marins, qui appréciaient également la présence d’animaux de compagnie pendant leurs longs voyages en mer.
Quand le Bismarck finit enfin par sombrer après avoir essuyé d’innombrables coups, les marins du destroyer HMS Cossack trouvèrent le tenace félin flottant sur des débris alors qu’ils ratissaient la zone à la recherche de survivants. Ils finirent par l’adopter et il devint leur chat de navire. Plus tard cette année-là, le HMS Cossack allait lui-même couler suite à l’attaque d’un U-Boot, et une fois encore Oscar parvint à survivre assez longtemps pour être secouru par un navire. Après cet incident, le chat fut ramené au port où il rejoint l’équipage de l’Ark Royal, porte-avions de la Royal Navy, et retourna à ses activités de chasse aux rongeurs. C’est le dernier navire sur lequel il allait servir, et pour peu de temps. En effet, en novembre 1941, l’Ark Royal fut détruit par une attaque à la torpille. Heureusement, Oscar avait encore sept vies, et il fut secouru après qu’on le retrouva flottant sur une planche. Sa capacité à survivre à des naufrages de navires lui valut le surnom de Sam l’insubmersible.
Parfois, dans le feu de l’action, la communication entre la ligne de front et les commandants se trouvant à l’arrière devenait compliquée. Qu’il s’agisse d’une défaillance matérielle ou d’un risque d’interception de la transmission par l’ennemi, il y a toujours l’option d’utiliser des coureurs pour établir une ligne de communication. Cependant, les humains sont lents et constituent des cibles faciles à repérer.
Gustav le navigateur
Le petit Gustav descendait d’une longue et distinguée lignée de pigeons dits « voyageurs ». Ces oiseaux ont été appréciés au cours de l’histoire pour leur capacité exceptionnelle à retrouver leur pigeonnier depuis de très longues distances. C’est pour cette raison qu’ils étaient souvent utilisés pour échanger rapidement des messages, bien avant l’émergence des communications électroniques. Pour permettre cela, il fallait entraîner les pigeons à reconnaitre un certain pigeonnier comme leur maison, puis à les transporter vers le lieu désiré — souvent une région frontalière dangereuse — et les relâcher avec un message attaché à leurs pattes en cas d’urgence.
Cependant, ce n’était pas un système optimal, car les oiseaux ne pouvaient reconnaitre qu’une maison et ne pouvaient pas faire le trajet retour. L’utilisation de pigeons voyageurs était très répandue au cours de la Première Guerre mondiale, et ils l’ont également été occasionnellement au cours de la Seconde Guerre mondiale. Ce fut le cas lors de l’opération Overlord le 6 juin 1944 : l’invasion de la Normandie. Les commandants alliés avaient donné l’ordre aux forces d’invasion de maintenir le silence radio, le seul moyen de communiquer la victoire était donc à travers des moyens physiques. Gustav fut relâché depuis la tête de plage le jour même de l’invasion, portant sur lui l’annonce de la victoire. Il parcourut plus de 240 km au-dessus de la Manche en seulement cinq heures, et on lui attribue d’être le premier à avoir annoncé la réussite de l’opération. Plus tard cette année-là, Gustav reçut une médaille Dickin pour acte de bravoure.
Certains animaux n’ont pas eu ce genre de récompenses en retour. On ne demandait rien de plus que leur affection.
Judy la généreuse
Bien qu’un chat de navire puisse servir à la fois de chasseur de rongeurs et d’animal de compagnie, certains équipages embarquaient des animaux dans le seul but de les avoir comme mascotte afin de remonter le moral des marins. Les mascottes navales pouvaient être toutes sortes d’animaux, des chiens, des chats, en passant par des singes ou des chèvres. L’une de ces mascottes était une chienne britannique nommée Judy. Ce pointer anglais servait à bord de la canonnière HMS Grasshopper quand le navire fut attaqué et coulé par des bombardiers-torpilleurs japonais en 1941.
L’équipage fut capturé et on leur permit d’emmener Judy avec eux dans le camp de prisonniers où ils allaient passer le restant de la guerre. Les prisonniers parvinrent à convaincre leurs geôliers d’enregistrer le chien comme prisonnier de guerre afin de pouvoir le garder. Judy était très protectrice avec les prisonniers, et aboyait férocement sur les gardes du camp. On raconte qu’elle apportait également de la nourriture aux prisonniers de guerre sous-alimentés. Pour son courage et sa capacité à remonter le moral des prisonniers alliés, Judy reçut elle aussi une médaille Dickin en 1945.
Une part importante du régime alimentaire d’un marin est composée de viande. Et la meilleure façon d’avoir de la viande fraîche pendant ces longs voyages était d’avoir certains animaux à disposition à bord...
Le cochon Tirpitz
Cette histoire est tirée d’un épisode de la Première Guerre mondiale, quand le Dresden, croiseur léger allemand, fut contraint d’engager le Glasgow et le Kent, des croiseurs de la Royal Navy au large des côtes chiliennes. Le navire fut abandonné et la plupart des membres d’équipage furent capturés. En prenant la fuite, les marins allemands oublièrent cependant l’un des survivants à bord. L’équipage du Glasgow fut assez surpris de trouver un cochon effrayé essayant tant bien que mal de nager, et l’un des marins se jeta à l’eau pour le sauver. Bien qu’il fût destiné à servir de viande, le cochon fut finalement adopté par l’équipage et devint sa mascotte.
Leur nouvel animal de compagnie fut nommé Tirpitz, comme l’amiral allemand. Les marins du Glasgow attribuèrent une fausse Croix de fer à Tirpitz pour avoir été le seul soldat à ne pas abandonner son navire. Le cochon servit dans la Royal Navy pendant un an avant de prendre sa retraite à la Whale Island Gunnery School près de Portsmouth. Malheureusement pour Tirpitz, le rôle qu’on lui avait attribué au début de sa carrière revint le hanter, et il fut vendu pour sa viande en 1919. La tête de Tirpitz est conservée à l’Imperial War Museum à Londres.
Comment pensez-vous que votre animal de compagnie s’en sortirait sur un navire ? Quel rôle lui conviendrait-il le mieux ?