Entretien avec un maître maquettiste

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Capitaines !

Au cours des semaines précédentes, nous avons vu un accroissement du nombre de maquettes sur le subreddit de World of Warships, comme le Scharnhorst de TheMrooc ou encore le HMS Hood à l’échelle 1:1000000 de Cuisinart Killa.

Vous souhaitez vous améliorer en modélisme ? Eh bien, c’est votre jour de chance, car nous avons eu l’occasion de rencontrer le maquettiste Won-hui Lee pour discuter de ses incroyables créations si réelles et le processus de leur fabrication.

Parlez-nous de vous. Où vivez-vous et quel est votre métier ?

Je vis à Gyeongju-si, Gyeongsangbuk-do, en Corée. Je travaille dans un laboratoire de l’université Dongguk, où j’écris une thèse sur l’énergie nucléaire.

 

Qu’est-ce qui vous a poussé vers le modélisme naval ?

En 1988, alors que j’avais 9 ans, j’ai vu un modèle de Here is the ship : usa : Enterprise dans un magazine, je suis tombé sur le charme de sa conception aussi majestueuse que magnifique.

À cette époque, j’ai pris la résolution de créer un tel modèle lorsque je serai plus grand. En 1991, quand la guerre du Golfe a éclaté, j’ai vu le cuirassé Here is the ship : usa : Missouri à la télévision, et j’ai été fasciné par sa conception.

Quand j’étais un garçon, j’ai grandi dans une famille pauvre et je ne pouvais pas m’offrir de modèles en plastique. Quand j’ai grandi et que j’ai eu plus d’argent et de temps libre, j’ai décidé de réaliser mon rêve d’enfance.

Qu’est-ce que vous aimez le plus : choisir un concept, le travail en lui-même ou admirer le travail final ?

Tout l’ensemble. Mais si je devais vraiment en choisir un, ce serait le développement de la conception.

Un même modèle peut devenir quelque chose de complètement différent en fonction de la conception choisie. Par exemple, au lieu de créer un Here is the ship : usa : Enterprise  plus raffiné et détaillé, je préfère me concentrer sur son usure et son désarroi après des mois de combats dans tout le Pacifique. C’est ce qui établit le lien entre le maquettiste et son public.

L’une de mes conceptions favorites a été de mettre en avant la cruauté de la guerre en faisant un grand contraste entre la beauté de la nature et la terrible noirceur des navires de guerre. Ces images décrivent le décor de la guerre, mais elles essayent aussi de promouvoir un programme antiguerre.

Depuis combien de temps travaillez-vous sur des maquettes navales ?

Je fais du modélisme depuis 3 ans, et depuis le début je n’ai créé que des navires de guerre. Les autres genres ne m’intéressent pas du tout ; tout ce qui m’intéresse, ce sont les navires de guerre et la mer.

 

Combien de temps vous faut-il pour créer un modèle ?

Cela dépend du modèle en lui-même. Pour un navire de guerre à l’échelle 1/350 ou un porte-avions, il me faut environ de 3 à 6 mois pour le créer. Pour des navires de guerre plus petits à l’échelle 1/700, 2 à 4 semaines seront suffisantes. Pour ce qui est des sous-marins, il faut compter environ une semaine pour les terminer.

Les modèles à l’échelle 1/350 comme celui-là peuvent prendre environ 3 à 4 mois à créer, alors que des modèles plus petits comme le diorama de sous-marin à l’échelle 1/350 ne nécessitera qu’une semaine. 

 

D’où puisez-vous votre inspiration pour ces créations ? 

Essentiellement depuis Wikipédia et la recherche d’images sur Google. Je réalise essentiellement des dioramas, il me faut donc effectuer beaucoup de recherches sur l’histoire des batailles navales en utilisant Wikipédia. Après avoir recherché l’histoire du navire de guerre et les opérations auxquelles il a participé, je dessine le concept d’un nouveau modèle basé sur les photographies historiques et les archives.

Parlez-nous des grandes étapes de la création d’un modèle.

  1. Création des lignes rivetées et soudées – tout d’abord, je marque la position des rivets en utilisant du ruban de masquage et un apprêt pour créer les lignes de rivets.
  2. Érosion – vient ensuite le processus d’érosion, au cours duquel je rouille la coque. Cela implique également les salissures et l’écaillage de la peinture
  3. Détails – pour ce qui est des détails, j’utilise de la photogravure et des produits résineux.
  4. Création d’une armature – pour les dioramas, j’ai besoin d’une base ou d’une armature. Si le diorama est fait en résine époxy, je dois d’abord créer une armature.
  5. Étalage de la résine époxy – pour créer l’eau de la mer, il me faut appliquer une légère résine époxy transparente.
  6. Création des vagues et des effets spéciaux – en utilisant un gel aqueux spécial transparent, je crée les vagues. Des LED sont également ajoutées.
Les étapes 1 à 6 du processus de création de modèles par Lee.

 

Quel est l’aspect le plus délicat lors de la création d’un modèle ?

S’il ne s’agissait que du navire de guerre en lui-même, je dirais que c’est l’expression des détails de la texture du navire. Mais en ce qui concerne les dioramas, je dois réfléchir à la manière de raconter une histoire, et comment utiliser la position et la couleur du navire et des autres éléments. Il me faut également placer des torpilles et des effets spéciaux comme des explosions ; cela peut également s’avérer difficile à mettre en place.

En d’autres termes, la phase de conception est la plus délicate, c’est celle qui nécessite le plus de temps.

En prenant tous ces éléments pratiques en compte, je dois choisir un lieu pour le navire de guerre, la manière d’utiliser les autres objets et le degré de peinture et de rouille, tout cela avec une taille limitée d’armature. C’est seulement à ce moment que le public pourra découvrir mes modèles.

Pour ce qui est des effets spéciaux, il y a bien plus de préoccupations : puis-je concrètement créer ces effets ? Si c’est la première fois que je le fais, de quelle manière vais-je y parvenir ? Quels matériaux me faudra-t-il utiliser pour créer le décor que je veux voir ?

J’ai essayé de nombreuses astuces avant de pouvoir recréer ce décor :

Il y a trois ans, j’ai dessiné une torpille (celle de la photo ci-dessus). Un an plus tard, j’ai utilisé une tige en plastique transparente pour la montrer. Pour représenter l’éclaboussure de l’eau, j’ai utilisé de l’argile. L’an dernier, j’ai créé des torpilles, en utilisant à nouveau une tige en plastique et la flamme a été recréée en utilisant des LED.

Ce printemps, j’ai découvert que la traînée de la torpille pouvait avoir une apparence réaliste en utilisant de la ouate et une tige en plastique.

Je suis ensuite parvenu à créer des torpilles et des effets d’explosion réalistes. J’ai employé la même méthode, une tige avec de la ouate, pour montrer le lancement de torpilles depuis un sous-marin. En me basant sur cette expérience, j’ai utilisé de la ouate et des LED pour recréer des explosions sous-marines et créer un nouveau diorama.

Je voulais vraiment créer un décor que j’avais vu dans le film U-571, mais après ma première conception, cela m’a pris environ trois ans pour vraiment terminer ce décor. Dans de nombreux cas, je ne peux pas créer le diorama que je souhaite d’un seul coup, en raison de mon manque de connaissances pour ce qui est de la création des effets spéciaux nécessaires pour ce modèle. Ainsi, il m’arrive parfois de créer d’autres dioramas afin de m’entraîner pour celui que je souhaite fabriquer. Et après avoir appris toutes les connaissances nécessaires, je crée le diorama tel que je l’imaginais.

Si jamais quelque chose tourne mal lors de la phase de conception, il en résulte un échec inutile ; j’ai aussi perdu beaucoup de modèles de cette manière. C’est pour cette raison que la phase de conception est toujours la plus délicate pour moi.

La progression de la création des torpilles au fil des ans

 

Quel conseil donneriez-vous aux apprentis maquettistes ?

Les débutants peuvent avoir peur des procédures : l’érosion, les détails et la création de dioramas. Je pense que l’aspect le plus important est votre approche du maquettisme. Bien sûr, il est important d’acquérir les compétences décrites sur internet et dans les magazines, mais la chose la plus importante est d’essayer par vous-même. La manière la plus rapide d’apprendre est d’avoir de l’audace et de tout essayer.

Vous connaîtrez de nombreux échecs avant d’acquérir les bonnes compétences et ne plus faire les mêmes erreurs à l’avenir. Si vous pouvez corriger chaque erreur et chaque défaut, vous n’êtes plus un débutant, mais un professionnel du maquettisme. Il ne faut donc pas avoir peur d’essayer les choses. Sans ces tentatives, il n’y a aucun obstacle, et sans échec, il n’est pas possible d’améliorer ses compétences.

L’échec n’existe pas, il ne vous mènera que vers la réussite. Si vous êtes obsédé par la réussite facile, alors vous avez échoué.


Un grand merci à Won-hui Lee pour nous avoir consacré du temps et transmis une partie de son savoir concernant la création de maquettes !